Steven Edelstein, avocat de l’histoire et de la culture française [en]

- e-Toile : M. Edelstein, pouvez-vous nous parler de votre carrière et expliquer à nos lecteurs quand et pourquoi l’histoire et la culture française sont devenues si attrayantes pour vous ?

JPEGSteven Edelstein : Enfant, j’ai grandi dans une petite ville non loin de Morristown, dans le New Jersey, où George Washington avait établi ses quartiers généraux au cours de deux hivers consécutifs pendant la Guerre d’Indépendance. C’est également à Morristown qu’en 1780, le Marquis de Lafayette avait annoncé que le roi de France, Louis XVI, allait envoyer des bateaux et des soldats pour aider les troupes indépendantistes américaines.
Lafayette étant l’un des grands hommes de cette guerre, il semblait logique que je fasse ma scolarité à l’école Lafayette située sur Lafayette Avenue. Il était l’un de nos héros d’enfance. Il y avait un portrait de lui dans le hall de l’école et tout le monde lisait des livres relatant sa vie tout en étudiant comment les Etats-Unis avaient gagné leur indépendance grâce à son appui. Quelques années plus tard, quand j’ai commencé mes études de droit, j’ai appris que lorsque nos Pères Fondateurs rédigeaient la Constitution des États, ils s’inspiraient fortement de philosophes français des Lumières, tels que Voltaire, Rousseau, Montesquieu et bien d’autres. J’ai également appris que Lafayette et Thomas Jefferson s’étaient appuyés sur ces différents textes américains alors qu’ils rédigeaient la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui a été adoptée par l’Assemblée nationale française en 1789. Les documents et idéaux fondateurs de nos deux pays ont ainsi les mêmes origines, et j’ai donc toujours considéré la France et les Etats-Unis comme des pays frères. Au-delà de ça, au XVIIIème siècle, la France était un pays puissant doté d’un grand pouvoir militaire. A l’inverse, les Etats-Unis, qui n’étaient encore qu’un ensemble de colonies, étaient l’équivalent d’un pays du tiers monde. La France est néanmoins venue nous soutenir. Sans son aide, les Etats-Unis n’existeraient pas. Je considère ainsi la France comme la sage-femme ayant aidé les Etats-Unis à naître.

- e-Toile : Quand avez-vous commencé à travailler avec la communauté française et plus largement avec la communauté francophone de Miami ?

Steven Edelstein : Mon fils ainé est entré en primaire en 1988 dans une école privée. Cette école avait un programme permettant aux enfants anglophones d’apprendre l’espagnol dès le CP. Ma femme et moi, qui étions plus intéressés par le français, avons décidé d’aider l’école à lancer un programme d’apprentissage du français. Celui-ci ne comptait que deux élèves. C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler du programme d’Etudes Internationales qui avait été créé à l’école élémentaire de Sunset et qui commençait en CE2. J’ai tout de suite voulu participer à son développement pour que mon fils puisse rejoindre ce programme dès 1990 à son entrée en CE2. Puisque j’avais déjà commencé à travailler pour ce programme avant même que mon fils puisse l’intégrer, je suis tout de suite devenu membre du conseil d’administration de l’Association de l’Ecole Française de Miami, organisation devenue la FIPA (French International Program Association), avant d’en devenir le Vice-président. Ayant eu deux autres fils plus jeunes, de 4 et 9 ans, je suis resté très impliqué au sein de l’association en participant à ses conseils jusqu’à l’année dernière, période durant laquelle j’ai marqué une pause avant d’y siéger à nouveau.

Au cours de ces années, j’ai également occupé à plusieurs reprises la fonction de Président sur une durée totale de cinq ans. Mon travail a permis d’étendre le programme à la classe de CE1 puis du CP, d’embaucher de nouveaux professeurs et de collecter des fonds afin que toutes les écoles participant au programme soient soutenues. A plus d’une occasion, j’ai également participé à la renégociation des textes signés entre le gouvernement français et le conseil d’administration des écoles concernant la section française de ce programme d’études internationales.

- e-Toile : Quels types d’évènements avez-vous eu l’occasion de soutenir à votre arrivée à Miami ?

Steven Edelstein : Alors que je travaillais déjà aux côtés de l’association FIPA depuis plusieurs années, j’ai été contacté par le Consul général, M. Denis Pietton, afin d’aider les professeurs de français qui venaient enseigner dans le cadre de ce programme, ceux-ci faisant face à des problèmes d’obtention de visa puisqu’ils étaient alors obligés de venir aux Etats-Unis en tant que touristes. Après deux ans d’effort, grâce à l’aide des membres du cabinet du sénateur Bob Graham ainsi que des représentants du département d’État, du département du Travail et de service de l’Immigration américaine, nous avons finalement eu l’autorisation d’utiliser des visas H1B pour les professeurs de français venant aux Etats-Unis. A la suite de cet accord, j’ai ensuite instruit les demandes permettant l’obtention de ces visas pour les enseignants, ce qui m’a également demandé beaucoup de temps et de travail.
Plus tard, après d’autres rencontres et négociations, nous sommes parvenus à un accord avec le département de l’Éducation de l’État de Floride pour que soient délivrés des visas J à ces professeurs de français dans le cadre du programme d’échange « Fulbright Teacher ».

Durant cette période, le Consul général m’a également demandé d’épauler le consulat dans le domaine juridique pour d’autres questions ce que j’ai accepté de faire à titre gracieux. Certaines questions concernaient notamment la Mission économique ce qui m’a conduit à m’impliquer davantage au sein de la Chambre de commerce franco-américaine pour laquelle j’ai rédigé plusieurs documents tels que ses statuts et sa demande d’exemption de taxe fédérale.
Parallèlement, j’ai contribué à la mise en place de la section floridienne des Conseillers du commerce extérieur, de Miami Accueil puis de la fondation France-Floride pour les Arts (FFFA). J’ai également été contacté par d’autres organisations françaises en particulier pour l’obtention d’exemptions de la taxe fédérale sur le revenu et les déclarations d’impôts.

-  e-Toile : Cher Steven, vous êtes également très investi dans le secteur des affaires militaires ! Comment percevez-vous les relations entre la France et les Etats-Unis dans ce domaine ?

Steven Edelstein : Comme je l’ai précédemment indiqué, la France est venue en aide aux colonies américaines au XVIIIème siècle. En retour, au XXème siècle, les Etats-Unis ont aidé la France durant la Grande Guerre et la Seconde Guerre Mondiale. Depuis, la France affirme très clairement qu’elle n’oubliera jamais ce soutien. Elle continue à le prouver aujourd’hui en remettant la Légion d’Honneur aux anciens combattants américains ayant participé à la Libération de la France de l’occupation nazie. Aujourd’hui, l’armée française combat aux côtés des troupes américaines en Afghanistan et dans d’autres régions du monde. En outre, je sais qu’elles nourrissent un grand respect l’une pour l’autre et qu’elles s’entraident dès que possible. Ce sont des frères en uniformes différents, mais participant aux mêmes combats. Je suis d’ores et déjà persuadé que si la France a besoin de l’aide de l’armée américaine à un quelconque moment dans le futur ou si les Etats-Unis ont besoin du secours de l’armée française, chacune sera là pour l’autre. Je pense que nos deux pays sont liés de bien des façons et notamment sur le plan militaire.

- e-Toile : Depuis 2014, vous êtes aussi Président de la Fondation France-Floride pour les Arts (FFFA), pouvez-vous nous expliquer quels sont les objectifs de cette organisation ainsi que les types de projets qu’elle soutient ?

Steven Edelstein : Comme indiqué par ses statuts, la FFFA a été créée pour renforcer les liens franco-floridiens et faciliter les échanges culturels, éducatifs et artistiques entre la France et la Floride. La fondation a également pour but de promouvoir les arts visuels en organisant des expositions notamment au sein de musées et de soutenir des évènements dans le domaine de la musique, du cinéma et du théâtre, ainsi que des conférences traitant de l’histoire et de la culture françaises. Ses motifs sont toujours les mêmes aujourd’hui, avec une volonté d’étendre et rehausser son action de promotion de la culture française, dans le sud de la Floride notamment.
En 2014, grâce à une subvention du département d’Etat de Floride, la FFFA a collaboré à l’édition d’une brochure retraçant les 450 ans de la présence française en Floride. Elle a également soutenu le voyage du bateau l’Hermione, réplique du navire qui a amené Lafayette sur le territoire américain pour venir en aide aux troupes indépendantistes américaines, en 2015. Bien que l’Hermione n’ait pas fait escale en Floride cette année-là, la fondation travaille à sa possible venue ici d’ici 2020.
Par ailleurs, elle a permis la venue d’artistes en Floride, comme par exemple les musiciens des « Arts Florissants », et a facilité l’organisation de conférences dans plusieurs musées de Floride. En ce moment, la fondation travaille sur le projet « Oui Design » qui met à l’honneur le design français à Miami, New York et Chicago, projet qui devrait aboutir dès cette année.

- e-Toile : A très court terme, quels sont les projets qui vous tiennent le plus à cœur quel que soit le domaine ?

Steven Edelstein : Tout d’abord je voudrais souligner le fait qu’au cours de l’année écoulée, nous avons travaillé sur un accord tripartite entre la FFFA, le consulat et les services culturels permettant d’accroître le nombre d’évènements culturels présentés en Floride. En tant que président de la FFFA, je vais veiller à son suivi.
Parallèlement, je vais continuer à soutenir les actions de la FIPA, la FACC, la section locale des CCEF, Miami Accueil, l’UFE (Union des Français de l’Etranger), la French American Society of Miami, ainsi que celles de toute autre organisation française qui demanderait mon aide.
Je continuerai de faire tout ce que je peux afin de promouvoir les activités de la communauté française en Floride. De la même façon, j’entends continuer mon travail avec toutes les branches de l’armée américaine en Floride et ailleurs, afin qu’encore beaucoup d’autres anciens combattants américains de la Seconde Guerre mondiale puissent être reconnus pour leur mérite et leur contribution.

Dernière modification : 19/08/2016

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