Marielle Plaisir de la Guadeloupe au MOCA [en]

Marielle Plaisir bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions alors que vous faites partie de l’actualité culturelle de Miami jusqu’au 29 mai prochain puisque vous présentez jusqu’à cette date une exposition personnelle au MOCA.

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  • e-Toile : Pouvez-vous tout d’abord expliquer à nos lecteurs ce qui a guidé vos pas d’artistes à Miami ?

- Marielle Plaisir  : Je suis née au Havre en Seine-Maritime, j ’y ai vécu jusqu’à l’âge de l’adolescence puis mes parents, originaires de la Guadeloupe, ont décidé de revenir y vivre. J’y ai donc fait mes classes de lycée. Après avoir obtenu mon bac, j’ai intégré pour 6 années l’école Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Bordeaux et réalisé parallèlement un cursus universitaire à Bordeaux III. J’ai travaillé en Guadeloupe en tant que responsable culturel sans cesser de produire et d’exposer dans des manifestations d’importance. Et puis, il est venu un temps où j’ai fait le choix réel et sincère de mener une vie d’artiste à 100% et de mener mon travail sur un autre territoire, un territoire qui m’apporterait une ouverture. Les États-Unis ont été mon premier choix.

  • e-Toile : Le 31 mars dernier, vous avez inauguré votre première grande exposition individuelle « Acta Non Verba » au musée d’art contemporain à North Miami, le MOCA. Quelles sont les œuvres que vous avez choisi d’y présenter et comment a été conçue cette exposition ?

- Marielle Plaisir  : « Acta Non Verba » regroupe des œuvres récentes qui s’articulent autour d’une problématique sur laquelle je travaille depuis 2009 : La question du Pouvoir et de la Domination avec, pour point de départ, la colonisation dans les Iles de la Caraïbe. Mais le discours et le propos touchent et s’étendent de façon plus universelle à nos sociétés contemporaines. J’adopte un positionnement issu d’ailleurs des énoncés de Pierre Bourdieu, philosophe français, qui positionne le pouvoir comme un fait non naturel et illégitime. La matière première visuelle de ce positionnement se retrouve dans l’exposition, l’apparat, ou la vêture, que l’on retrouve dans l’installation ’The dresses’.

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Ce sont des robes suspendues, éclairées, réalisées en papier tyveck sur le modèle des robes de la bourgeoisie du XXVIIème siècle et des robes d’esclaves de la même période. Et puis le tissu utilisé dans la série des ’Tapisseries’ et des ’Portraits’ est très symbolique. J’aborde le vêtement comme un vecteur de sens social, un outil qui va définir le rang, l’identité, et donc par conséquent l’idée le pouvoir.

L’exposition comporte aussi un espace de performance. Je m’installe sur un banc, dans un espace semi clos dans lequel le public peut cependant pénétrer et je performe vêtue d’un vêtement de l’époque coloniale, pas celui des esclaves, celui des nobles. Ainsi je télescope deux types identitaires, la mienne en tant que petite fille d’esclave et celui de la bourgeoisie dont je suis cependant issue.
Je crois que mon travail porte une voix quelque peu politique avec sans doute beaucoup de poésie, mais il n’y a pas de jugement. Juste un constat face à notre société capitaliste, qui porte et distribue différents types de pouvoir selon l’appartenance à la classe sociale.

L’exposition a été pensée d’abord par Jorge Gutiérrez, le commissaire de l’exposition, et confortée dans un travail de collaboration étroite avec l’équipe du MOCA et moi-même.

  • e-Toile : L’histoire de la Guadeloupe dont vous êtes originaire et plus largement l’héritage culturel caribéen sont très présents dans vos travaux. Qu’empruntez-vous aux codes artistiques de la communauté caribéenne lorsque vous créez ?

- Marielle Plaisir  : Je crois justement que l’héritage caribéen n’est pas tant lisible que cela. Je ne crois pas être catalogable si ce n’est le discours qui le dénonce. Mon travail est empreint de codes visuels que l’on peut retrouver dans différents types de culture. L’originalité est sans doute le mixage de tout cela. Mon discours, par contre, puise ses racines dans mes origines, mais s’étend tout de suite vers des rapports plus universels.

  • e-Toile : Marielle Plaisir, vous vous présentez comme plasticienne, scénographe, mais aussi auteure-illustratrice. Que proposez-vous au jeune public et pourquoi cherchez-vous plus particulièrement à vous adresser à cette audience ?

- Marielle Plaisir  : Le jeune public est un public intéressant, vif, réactif. J’aime enseigner et montrer ma vision du monde parce que finalement c’est de cela dont il s’agit. Je leur propose des ateliers autour de la perception plutôt qu’un apprentissage réel. La rencontre est toujours très plaisante parce que leurs réactions sont inattendues, pleines de surprises et d’audace.

  • e-Toile : Vous avez été présente dans plusieurs biennales et participé à de nombreuses expositions itinérantes bâtissant des ponts entre des villes et des pays très divers, quels sont vos futurs projets et seront-ils présentés à Miami ?

- Marielle Plaisir  : L’exposition a été très bien menée et présentée par l’équipe du musée. Je travaille avec Jorge Gutiérrez, commissaire de l’exposition, à sa monstration dans d’autres lieux importants de l’art contemporain. Plusieurs projets importants se profilent dont je ne peux parler aujourd’hui. Mais « Acta Non Verba » porte une problématique que je suis loin d’avoir épuisée. Je pense la conforter à travers d’autres media.

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Propos recueillis le 2 mai 2016.

Pour en savoir plus sur l’exposition "Acta Non Verba" au MOCA, cliquez ici.

Dernière modification : 02/06/2016

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