Chronique des 30 ans du consulat : Entretien avec Mme Anaïde Govaert [en]

Chronique des 30 ans du consulat : Interview de Mme Anaïde Govaert

JPEGChère Anaïde bonjour. Dans le cadre de la chronique de ses 30 ans et au moment où est célébrée la francophonie, ce consulat est ravi de pouvoir vous donner la parole. Depuis de très nombreuses années, vous êtes une figure très active de la communauté française. Loin d’avoir baissé la garde, vous êtes aujourd’hui Présidente des Amis de la Culture française, Présidente du lycée franco-américain et Consul honoraire émérite de Belgique. Qu’est-ce qui vous a communiqué cette passion pour la langue et la culture françaises ?

- Anaïde Govaert  : C’est effectivement une passion que j’ai développée très tôt dès l’école primaire.
J’adorais l’orthographe et les dictées très complexes où j’excellais. Je faisais très attention car on était noté sur 20 et une seule faute vous enlevait 4 points ! Cette passion a duré toute ma vie car quoique connaissant plusieurs langues c’est la langue française que je préfère et que je maitrise le mieux d’autant qu’elle est ma langue maternelle. J’apprécie toutes les finesses de son vocabulaire, ses anachronismes, ses conjugaisons, son orthographe si complexe. D’ailleurs je dis que la langue française est « ma coquetterie ». Plus tard j’ai beaucoup lu les classiques bien sûr mais surtout les livres primés par les différentes académies et parmi ceux-là, les ouvrages des écrivains féminins.

Voici donc pour la langue.

Quant à la culture autre que littéraire j’avais étudié la musique et j’avais un don pour la danse et me suis mariée avec un artiste peintre- décorateur. Nous avons réuni nos talents et crée un club La Barq’à Jac, qui était le rendez-vous de l’élite francophone belge, écrivains, artistes peintres et musiciens, de Jacques Brel à Adamo, mais aussi du Prince Albert ainsi que de tous les artistes français qui venaient au casino de Knokke-le-Zoute. Pour la petite histoire Jacques Brion y venait aussi car il venait du Nord de la France passer ses week-ends sur la côte belge. Quand bien des années plus tard, nous nous sommes retrouvés sur le même podium à la résidence consulaire de Miami pour recevoir des mains de l’Ambassadeur François Delattre, nos titres de Chevalier et d’Officier dans l’ordre National du Mérite, ceci fut un moment très spécial…

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- e-Toile : C’est donc très naturellement que vous vous impliquez fortement au sein d’organisations caritatives et d’organisations culturelles à votre arrivée aux Etats-Unis. Pouvez-vous nous décrire cette période et ce que vous réalisiez à ce moment-là ?

- Anaïde Govaert  : En effet, à la mort accidentelle de mon mari, je décide de quitter la Belgique pour les États Unis où je rencontre celui qui est devenu mon deuxième mari Gui Govaert qui était alors Consul honoraire de Belgique. Il était francophone et nous utilisions le français en privé en gardant l’anglais pour les affaires et nos contacts avec la communauté locale de Miami. Il habitait la Floride depuis l’âge de 23 ans et avait été le Secrétaire d’Etat du commerce extérieur de la Floride (International Division of the State of Florida) remplacé depuis lors par le Beacon Council et Enterprise Florida mais il était aussi membre du conseil d’administration du Corps Consulaire avec Jacques Turner, le Consul honoraire de France remplacé par le premier Consul général à Miami, M. Thierry Reynard. Mon époux qui était également « Trustee Emeritus » de l’université internationale de Floride (FIU) et membre de la Fondation de Miami Dade College m’a donc ouvert toutes les portes dont celles du consulat de France, c’est ainsi que j’ai connu tous les Consuls généraux qui se sont succédés depuis 1986 et ai commencé à travailler au consulat honoraire de Belgique qui était très important à l’époque puisque nous délivrions toutes sortes de documents, passeports compris.
J’ai ainsi aidé les retraités à obtenir une pension de Belgique et parmi eux beaucoup de personnes de confession juive qui avaient fui l’Allemagne nazie et trouvé refuge et travaillé en Belgique. Plus tard quand mon mari est devenu Consul général honoraire, j’ai été nommée Consul honoraire.

Pendant ce temps, j’ai aussi créé « Francophiles sans Frontières » avec une amie canadienne, une association qui réunissait francophones et francophiles de tous pays dont beaucoup de Canadiens et d’Haïtiens puis à la demande de Nicole Hirsh, j’ai accepté la présidence de l’UFE Fort Lauderdale/Boca Raton avant de mettre sur pied « Les Amis Francophones de Floride ». J’ai bien évidemment au cours de ces 30 années développé des amitiés dans toutes les communautés et c’est ainsi que j’ai décidé un jour de faire rencontrer tous ces amis francophiles, d’origines et de nationalités différentes réunis par l’amour qu’ils portent à la France et à sa culture. J’ai donc créé « Les Amis de la culture Francaise », une association enregistrée à Tallahassee sous son nom anglais « Friends of French Culture ».
Nous nous réunissons régulièrement en pratiquant une autre facette de la culture française : la convivialité, la bonne chère et la joie de vivre. Je suis par ailleurs très investie auprès de « Red Chemistry » qui promeut l’enseignement du cinéma artistique en milieu scolaire. Le programme Cinemagique que cette organisation développe permet aux élèves d’écrire et de réaliser des films ainsi que de les critiquer comme c’est le cas ce mois-ci à l’école élémentaire de Sunset.

- e-Toile : Aujourd’hui, vous vous investissez toujours autant, pouvez-vous nous décrire parmi les multiples actions que vous menez, celles qui vous tiennent le plus à cœur ?

- Anaïde Govaert  : Je connais Dr. Hoy, la directrice du Lycée franco-américain, depuis 25 ans. J’ai connu les débuts très modestes de son école et c’est très naturellement que j’ai accepté la présidence du comité de direction sachant que l’éducation est la clef de voute du futur d’un enfant.
Aujourd’hui, je me réjouis de constater qu’entre le Lycée franco-américain et ISB (International School of Broward), nous avons 400 élèves.
Quelle satisfaction pour moi de voir que malgré leurs origines différentes ces adolescents vivent en parfaite harmonie et grâce à cette éducation en deux langues vont voir des horizons insoupçonnés s’ouvrir à eux. Ces jeunes, garçons et filles, tout comme les membres de mon association nous démontrent que l’harmonie et l’entente peuvent régner parmi « les hommes de bonne volonté ».
C’est d’ailleurs au Lycée franco-américain que nous allons célébrer le 30ème anniversaire du consulat le 22 avril et j’en profite pour remercier toutes les associations qui se sont jointes à mon initiative.
J’ai pensé que nous -les associations- devions saisir l’occasion de ce 30ème anniversaire pour inviter le consul général Philippe Létrilliart ainsi que tous les agents du consulat - et à travers eux – témoigner notre reconnaissance pour toute l’aide qui nous a été apportée au cours de ces 30 années par les différents Consuls et leurs agents respectifs.

Vous me demandez ce qui me tient le plus à cœur.
Tout d’abord montrer et perpétuer l’image de la belle et « douce » France que j’ai connue, sa culture, ses traditions, ses arts, sa gastronomie, sa joie de vivre et la partager avec mes amis, et…..Et si je terminais par l’une de mes devises préférées ?
« Savoir que même une seule personne a mieux respiré parce que vous avez vécu… C’est avoir réussi ! »

Anaïde Alice Govaert est Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, Présidente des Amis de la Culture Francaise, Présidente du Lycée Franco-Américain et Consul honoraire émérite de Belgique.

Propos recueillis en mars 2016.

Dernière modification : 04/04/2016

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