Entretien avec M. Jugnace Joseph [en]

JPEG- M. Jugnace Joseph bonjour, vous avez été l’un des premiers agents recrutés par ce consulat alors que ses peintures étaient encore toutes fraîches. Comment aviez-vous appris l’ouverture de ce poste consulaire et qu’est-ce qui vous avait décidé à vous y présenter ?

C’est par le biais de Mme Charlotte de Chambéret, la secrétaire du Consul général, Thierry Reynard, que j’ai eu connaissance de l’ouverture de postes au sein du consulat. A ce moment-là, j’étudiais à Miami Dade College et étant francophone, j’étais vivement intéressé par cette opportunité. J’ai eu un entretien tout d’abord avec Mme de Chambéret et ensuite avec M. Reynard. J’ai ainsi été recruté le 19 mars 1985.

-  Pourriez-vous nous décrire les premières heures de ce tout nouveau poste consulaire ?

A mon arrivée au consulat qui était alors dans ses premiers locaux situés au 33ème étage de l’immeuble One Biscayne Tower, le poste se composait de 6 personnes qui venaient directement de France à savoir le Consul général, M. Thierry Reynard, Charlotte de Chambéret, sa secrétaire, la Consul adjointe, Mme Bernadette Grèze, puis Mme Bernadette Beck qui était en charge des visas, Mme Béatrice Beck qui s’occupait des questions culturelles et de presse et enfin M. André Guyot qui travaillait au service administratif des Français et établissait donc les passeports, les actes de nationalité et d’état civil.

Je me souviens que les bureaux et les tables nous avaient été prêtés par M. Jacques Cachot, le directeur de l’entreprise CMA-CGM. Tout était réalisé encore à la main et la seule machine à écrire dont nous disposions était aux mains de Mme Charlotte de Chambéret, la secrétaire du Consul général.

Les locaux étaient très spacieux puisque d’autres agents étaient attendus. En effet, après l’inauguration du consulat qui a eu lieu le 27 janvier 1986, les membres du poste d’Expansion économique sont arrivés et nous avons enfin pu recevoir le public qui jusque-là devait aller jusqu’au consulat de la Nouvelle-Orléans pour réaliser ses démarches.
M. Thierry Reynard qui était également Conseiller commercial a donc accueilli début 86, M. Gilles de Laguardiare, Conseiller commercial adjoint et spécialiste en biens d’équipements, M. Franck Albi, Attaché commercial et Mme Jacqueline Vergniolle, comptable.

-  Que retenez-vous de la ville de Miami de l’époque et de son centre-ville plus précisément, adresse des premiers locaux de ce consulat ?

Le long de la baie de Biscayne, le centre-ville de Miami se résumait à deux tours principales, la nôtre, celle du « One Biscayne Tower », et la Freedom Tower, haut-lieu historique pour les réfugiés cubains, qui était dans les années 80 inutilisée et en piètre état.

Comme dans d’autres villes américaines, la particularité du downtown de Miami était de se vider complètement à 18H00 précises, à l’heure de la fermeture des magasins présents sur Flagler street. Le soir venu, les rues n’étaient fréquentées que par des sans-abris.

Les uns et les autres, nous habitions à Key Biscayne ou dans le sud ou le nord de Miami. Autre particularité de cette époque, il y avait très peu de touristes y compris sur Miami Beach où même Ocean Drive n’avait pour résidents que des retraités. Il n’y avait pas non plus de restaurants ou de cafés. Lorsqu’on allait sur Miami Beach, ce n’était que pour profiter de la plage. On pouvait alors s’y garer sans problème mais on ne restait pas en soirée bien sûr !

-  La ville ayant considérablement changé, le consulat a déménagé en 2004. Que retenez-vous de ce déménagement après plus de 18 ans passés au cœur du downtown de Miami ?
Étant quotidiennement au contact du public, pouvez-vous également nous dire comment la communauté française a perçu ce changement ?

Avant de déménager à notre adresse actuelle, nous avions déjà déménagé en passant du 33ème au 17ème étage de cette même tour. Pendant la période durant laquelle les ressortissants américains avaient besoin d’un visa pour voyager en France, le consulat avait également ouvert une extension au 16ème étage. Le 1er juillet 1990, lorsque cette obligation s’est éteinte, ces bureaux du 16ème furent fermés.

En 2004, le consulat a en effet quitté ce premier lieu pour se placer plus bas sur la US1, au sein du Financial District, quartier montant de la ville.

Au premier abord, le public me faisait part du fait qu’il était plus difficile de se garer sur Brickell avenue. Néanmoins, la grande majorité d’entre eux semblait tout à fait satisfaite de ce nouvel emplacement et tous ceux qui connaissent bien Miami savent qu’à présent, il est même plus délicat et plus cher de se garer près de l’immeuble One Biscayne Tower qu’ici, cet argument a donc rapidement disparu.

-  Au fil des années, la communauté française et plus largement la communauté francophone s’est considérablement agrandie. Comment s’est traduite cette évolution et quelles sont les grandes figures qui l’ont marquée ?

La première grande figure française locale était celle de M. Jacques Turner qui était, avant l’ouverture du consulat, Consul honoraire de France en Floride. Il disposait d’un bureau dans les locaux d’Air France, compagnie qui était, dans les années 80, située sur Flagler Street. Il faisait le lien entre les ressortissants français et le consulat le plus proche, à savoir celui de la Nouvelle Orléans.

L’autre personne ayant considérablement marqué la communauté française est bien sûr Mme Nicole Hirsh, élue tout d’abord Déléguée au Conseil supérieur des Français de l’étranger, puis Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger et qui est à présent également Conseiller consulaire.

Des personnes comme Pierre Mermet-Maréchal ou encore Anaïde Govaert et son époux, Consul honoraire de Belgique, ont également été très actifs au sein de la communauté francophone des années 90.

L’association Miami Accueil a beaucoup œuvré aussi bien pour les nouveaux arrivants que pour les personnes déjà installées et en 2004, ses membres ont débuté leur permanence au sein des locaux du consulat sur Brickell.
Effectivement, la communauté française a considérablement grandi au fil du temps.
En 1986, il y avait environ 3000 ressortissants inscrits, en 1989, environ 7000 et au fur et à mesure que les entreprises françaises s’installaient, leur nombre augmentait. En 1992, il y avait déjà près de 10 000 ressortissants français enregistrés.

D’ailleurs, l’un des évènements marquants de cette période a été le conclave organisé par le Poste d’expansion économique en 1992 à la Villa Viscaya qui a été suivi d’un second l’année d’après alors que M. Denis Pietton était Consul général. Il s’agissait de la réunion de tous les postes d’expansion économique du réseau nord-américain incluant le Canada, le Mexique ainsi que les Caraïbes. Ce furent d’importantes rencontres mettant en valeur les entreprises françaises implantées dans la zone telles que Latécoère, Airbus, la CMA-CGM, Barfield, Alstom ou encore le Marina Park Hotel et le Sofitel.

-  En 1992, puis en 2005, le sud de la Floride a été gravement touché par les ouragans. Comment l’équipe consulaire s’est-elle organisée pour faire face à ces évènements climatiques particulièrement destructeurs ?

On ne peut pas oublier le 23 août 1992 à Miami. De catégorie 5, l’ouragan Andrew n’avait finalement pas touché directement le downtown de Miami. Néanmoins, pendant plusieurs jours nous n’avons plus eu d’électricité ; l’aéroport international de Miami a été fermé pendant près d’une semaine et, dans Miami Dade, plus de 200 000 habitations n’avaient plus de toiture. Les agents du consulat ont aidé des touristes français qui étaient bloqués ici. En 2005, nous avions tous tiré des leçons du passage d’Andrew et nous étions mieux préparés. Cependant, quand Wilma est arrivé, beaucoup ont été surpris par sa force et notre building de Brickell comme beaucoup d’autres tours du Financial District ont vu leurs fenêtres très endommagées.

Notre immeuble ayant été fermé par les autorités de la ville, nous avons ouvert un accueil à l’Alliance française de Miami qui était encore sur Coral Way. Nous y sommes restés presque une semaine entière avant de pouvoir réintégrer nos locaux.
Je me souviens aussi de la cellule de crise que nous avons ouverte à l’occasion de l’irruption du volcan islandais en 2010 étant donné que plusieurs centaines de touristes français, à Orlando notamment, ne pouvaient pas rentrer chez eux.

-  Durant ces 30 ans, quels ont été les moments de la vie de ce consulat qui vous ont le plus marqués ?

Alors que nous avions M. Jean-François Thiollier comme Consul général, je me rappelle en 1991 de la visite présidentielle de M. François Mitterrand qui s’était rendu à Miami, puis à Key Largo afin de rencontrer le Président George H. W. Bush. Je me souviens également de la venue de Catherine Deneuve, de Gérard Depardieu et d’Alain Delon pour participer au festival du film français de Sarasota qui a eu lieu au mois de novembre, de 1989 à 1992.

Plus récemment, d’autres évènements m’ont particulièrement marqué tels que l’organisation par ce consulat des élections présidentielles ; c’est un temps fort national pour lequel toute l’équipe est mobilisée pendant de longues semaines et qui a bien entendu d’importantes retombées !

Dernière modification : 27/01/2016

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