Entretien avec M. Mark Sherringham [en]

1. Mark Sherringham, vous êtes le chef du service des établissements scolaires à l’ambassade. Pouvez-vous présenter vos fonctions à nos lecteurs ?

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M. Mark Sherringham
Attaché culturel à l’ambassade de France à Washington
Crédits : Consulat général de France à Miami

En tant qu’attaché culturel à l’ambassade de France à Washington, j’ai la responsabilité du réseau des établissements homologués en Amérique du Nord (États-Unis et Canada) que je pilote en lien avec l’AEFE et l’ensemble des postes consulaires. Je m’occupe également des associations FLAM aux États-Unis et j’interviens enfin dans le processus d’attribution du Label FrancEducation aux écoles candidates.

2. Pouvez-vous nous décrire le réseau scolaire français homologué aux États-Unis ?

Le réseau scolaire homologué aux États-Unis comprend, à la rentrée de septembre 2015, 47 établissements implantés essentiellement sur la côte Est et la côte Ouest, dans la région de Chicago, au Texas, en Louisiane et en Floride. Ce sont des établissements de grande qualité, dynamiques et novateurs, qui accueillent près de 17 000 élèves, dont environ 45% de Français, 45% d’Américains et 10% appartenant à d’autres nationalités.

3. Dans le cadre de votre mission, quels sont les établissements que vous suivez en Floride ?

En Floride, depuis cette rentrée, j’ai pour mission de suivre les quatre établissements qui restent homologués, deux dans le comté de Broward et deux dans le comté de Miami-Dade.

4. Il est question de l’ouverture en 2016 d’un lycée français, comment cet établissement s’inscrira-t-il dans l’offre éducative homologuée existante ?

Si elle est confirmée, la création de cet établissement, dont la scolarité sera conforme aux programmes français et qui préparera les examens français (diplôme national du brevet et baccalauréat français) devrait compléter l’offre scolaire privée de la sixième à la terminale, au fur et à mesure de l’ouverture des classes, et permettre de répondre aux demandes d’une communauté française en croissance régulière.

5. Deux écoles publiques, Sunset Elementary et Carver Middle School, étaient homologuées jusqu’à la rentrée 2015. Pourquoi la Commission interministérielle a-t-elle décidé de ne pas renouveler l’homologation accordée à ces établissements ?

Tout d’abord, il faut savoir que ces deux écoles ont bénéficié d’une reconnaissance officielle de la France pour la qualité de leur programme International Studies (IS) avant l’existence de l’homologation et ont ensuite été intégrées dans le réseau des écoles homologuées sans contrôle supplémentaire de conformité.

La mission de l’inspection générale de l’éducation nationale en avril 2014 a constaté que ces écoles n’étaient pas conformes aux critères de l’homologation, à savoir le respect des programmes et des horaires français dans toutes les disciplines scolaires, ainsi que le recours à des personnels détachés de l’éducation nationale en nombre suffisant.

A partir de là, la commission nationale d’homologation de mai 2014 a donné une année supplémentaire à ces écoles pour se mettre en conformité et, ayant constaté en juin 2015 que les exigences de l’homologation n’étaient toujours pas remplies, a prononcé la fin de l’homologation pour Sunset et Carver à partir de cette rentrée.

6. Pourquoi l’établissement à charte ISCHS a-t-il été homologué par la commission interministérielle ?

Tout simplement parce qu’ISCHS est conforme aux critères de l’homologation au niveau du lycée, ce que montrent d’ailleurs les bons résultats de cet établissement au baccalauréat. Au niveau du collège, des progrès ont été constatés et ont permis de lui conserver son homologation, même si des efforts supplémentaires seront demandés à cet établissement.

7. Quelles sont les implications de ce changement de statut au regard de l’éducation nationale pour les élèves de Sunset et Carver ?
Pourront-ils poursuivre leur scolarité dans le système scolaire français ou homologué aux États-Unis ou ailleurs ? Devront-ils redoubler une classe ?

Les conséquences pour les élèves de ces deux écoles qui se dirigent vers l’enseignement homologué ou l’Éducation nationale sont minimes :

-  au niveau du primaire, les élèves ayant suivi cet enseignement en français ou un enseignement américain normal aux États-Unis sont obligatoirement accueillis dans le système scolaire français selon leur classe d’âge, la situation demeure donc inchangée ;

-  au niveau du collège, les élèves sont également obligatoirement accueillis, mais des tests évaluant leur niveau de français ou de mathématiques peuvent être exigés pour vérifier leur capacité à suivre le niveau de la classe demandée, ce qui ne devrait pas poser de problèmes particuliers à des élèves suivant le programme International Studies.

-  Dans l’un ou l’autre cas, le redoublement n’est jamais exigé a priori, sauf si les notes sont trop basses.

8. Combien d’élèves sont potentiellement concernés ?

L’expérience des années précédentes montre qu’il ne s’agit que d’un très petit nombre d’élèves, dont les familles rentrent en France ou quittent Miami. Mais, comme on vient de le voir, il n’y a aucune conséquence négative au niveau de l’école primaire et peu de difficultés potentielles au niveau du collège.

9. Les parents d’élèves craignent que la qualité de l’éducation offerte dans ces écoles ne soit plus aussi bonne. Qu’en est-il ?

La qualité de l’enseignement dans ces deux écoles tient à la qualité des programmes International Studies dont les caractéristiques ne sont pas mises en question par la déshomologation.

10. Quel est l’impact de cette décision sur l’équipe enseignante titulaire de l’éducation nationale ?

A Sunset, il n’y a aucun enseignant détaché de l’éducation nationale et à Carver, deux enseignants sont dans cette situation. Si Carver s’engageait dans la procédure du Label FrancEducation, les détachements devraient pouvoir être maintenus. Dans le cas contraire, ces deux enseignants pourraient faire une demande de disponibilité.

11. Comment les autorités françaises vont-elles continuer à soutenir le programme International Studies ?

Le développement de l’enseignement bilingue est devenu la grande priorité de la France aux États-Unis et partout dans le monde, à côté de la consolidation du réseau des établissements homologués.

Dans les deux cas, ces enseignements sont appelés, partout où c’est possible, à s’autofinancer grâce à l’engagement des autorités locales et/ou aux contributions des familles, la prise en charge directe par la France d’enseignants mis à disposition par les académies ayant tendance à disparaître ou à devenir très minoritaire en fonction d’objectifs spécifiques.

Dans un pays comme les États-Unis, la France continuera d’aider les écoles en favorisant le détachement d’enseignants dans les écoles homologuées ou bilingues.
A Miami, le soutien de la France se manifeste en outre par le versement à l’association FIPA d’importantes contributions parlementaires.

12. Est-ce que Sunset Elementary et Carver Middle School peuvent à nouveau demander leur homologation ? Et, si oui, quels seraient les changements à apporter pour que cela leur soit accordé ?

Sunset et Carver peuvent chaque année décider de faire une demande d’homologation, mais cette demande ne pourra aboutir que si les programmes et les horaires français sont globalement respectés dans toutes les disciplines de la scolarité.

13. Quel autre type d’accréditation officielle pourrait être attribué par la France aux établissements proposant le programme « International Studies » ? Quels seraient les avantages de cette accréditation ?

Le Label FrancEducation qui a été créé en 2012 par le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international permet à la France de reconnaître la qualité pédagogique exceptionnelle d’un programme bilingue, dont au moins 20% du temps scolaire est consacré à l’apprentissage en français. A New York, il existe des écoles primaires bilingues et publiques, dont certaines ont déjà reçu le Label FrancEducation.

A Miami, un lycée bilingue, ISPA, vient de recevoir le Label FrancEducation. Si Sunset et Carver souhaitaient demander leur labellisation, cela permettrait de construire à Miami deux filières complètes du primaire à la fin du lycée, l’une homologuée et l’autre labellisée, chacune de ces filières répondant, comme à New York, à des besoins différents.

Propos recueillis à l’occasion de la visite de M. Mark Sherringham des 21 et 22 septembre en Floride du sud.

Dernière modification : 22/10/2015

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