Ciné >> Cinemagique : le cinéma européen entre à l’école

Dans cet entretien, la productrice Isabelle Lambert et la professeure Jeanne Proust nous présentent "Cinémagique", un programme cinématographique éducatif composé de longs et de courts-métrages européens et indépendants, une "mise en scène" qui permet d’acquérir une vision du monde européen, de sa culture et de ses enjeux." Dotés de ces films comme vecteurs de culture, Cinemagique ouvre donc yeux et esprits sur d’autres mondes.

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- e-Toile : Isabelle Lambert, Jeanne Proust, comment est née cette idée de présenter les films du programme Cinémagique aux élèves ?

  • Isabelle Lambert : C’est en me rendant dans des lycées publics de Miami DadeCounty que j’ai pu me rendre compte que le cinéma européen était très mal connu des élèves de culture américaine ou latino-américaine. Par ailleurs, ma vision globale d’un programme éducatif dans les écoles, depuis la création de l’Association RedChemistry Inc., était de mettre en place une diffusion large et variée d’une programmation cinématographique européenne et indépendante, avec des longs métrages et une compétition de courts-métrages permettant d’acquérir une vision du monde européen, de sa culture et de ses enjeux.
  • Jeanne Proust : En discutant avec Isabelle, j’ai senti un désir commun d’ouvrir la culture des élèves a une discipline moins exploitée en classe de français, pouvant les toucher, les surprendre, leur offrir une approche originale du récit - a mettre en parallèle avec la littérature.

- e-Toile : Pouvez-vous, Isabelle, rappeler à nos lecteurs qui vous êtes et que représente pour vous Cinémagique ?

  • Isabelle Lambert : Depuis 2006, j’ai fondé avec quatorze « boardsmembers », RedChemistry Inc et suis devenue la programmatrice de cette association (501c3) qui a commencé par l’implantation d’un festival de cinéma romantique européen en 2006-2011. Puis ses membres ont réfléchi, entre autres activités, sur un type de programme adapté au public de l’Alliance Française à Miami pouvant attirer une plus grande audience, plus jeune et ignorant les us et coutumes européennes ou les étudiant à l’école sans pouvoir avoir accès aux films français pour enfants.

Plus tard est venue l’idée d’ateliers du court-métrage pouvant être utilisés par des professeurs comme outils d’apprentissage linguistique, culturel, philosophique etc...

Cinémagique a été construit en fonction des besoins du département audiovisuel de deux écoles publiques (Miami Beach High School et Hialeah High School) et du programme français des premières et terminales au sein d’Ischs Charter School, avec une collaboration fructueuse avec Melle Jeanne Proust pour réfléchir, par le biais d’un programme validé par les professeurs,de projections de courts-métrages reflétant la culture française ou permettant de mieux structurer et progresser en écriture cinématographique.

Cinémagique a ensuite logiquement été utilisé comme programme cinéma par Jeanne pour élargir le vocabulaire de ses élèves, leur réflexion philosophique et culturelle et susciter peut-être des vocations en accueillant, pendant des conférences de courte durée les témoignages de professionnels de cinéma dialoguant avec les élèves.

- e-Toile : Jeanne, en tant que professeur à ISCH, comment avez-vous préparé vos élèves ces projections ? Avez-vous intégré les thématiques que les films abordent dans vos cours ?

  • Jeanne Proust : Je n’ai pas souhaite préparer les élèves a quoi que ce soit : je voulais que l’expérience soit complète, nouvelle, inattendue ; c’est a posteriori que nous avons pris le temps, en classe, d’interroger a la fois le fond et la forme des films présentés. Cinemagique a ainsi pu alimenter de nombreux débats a la fois sur la portée sémantique des films, mais aussi sur l’adaptation cinématographique en tant que telle, et les spécificités du court métrage.

- e-Toile : Jeanne et Isabelle, quelles sont les réactions de ce jeune public qui vous ont le plus touchées ?

  • Jeanne Proust : Certains élèves ont manifeste de l’incompréhension face aux films présentes ; il a été intéressant de voir comment les élèves touches pouvaient tenter de retranscrire et communiquer leurs émotions face a ce qu’ils avaient vu. La confrontation entre les points de vue s’est ainsi révélée tantôt comique, tantôt profonde - toujours productive.
  • Isabelle Lambert : Il y en a eu trois qui ont marqué ma mémoire et m’ont confortée dans l’idée qu’aujourd’hui, le court-métrage est le moyen idéal pour véhiculer une culture et un message :

. la première était au lycée de Hialeah, celle de voir des élèves en difficulté lever la tête de leur table où ils étaient presque endormis et regarder avec émotion, presqu’au bord des larmes, un court-métrage sur la vie des émigrés dans les banlieues en France ou un autre petit film sur un Allemand au chômage à Berlin ayant hérité du talent d’un clown qu’il idolâtrait, se donnant en spectacle en incarnant un personnage différent chaque jour dans le métro de Berlin pour tuer le temps et oublier son désœuvrement.

. la deuxième est celle d’une jeune fille dont la première réaction était de qualifier les films montrés de« stupides » et qui ne pouvait se concentrer sur les exercices demandés après chaque projection.
Le mois suivant, celle-ci m’a apporté un script parfaitement rédigé de ses mains et montré qu’elle avait intégré et su respecter les instructions que j’avais transmises pendant les deux ateliers précédents alors que je croyais que son attention était perdue pour notre programme.

. la troisième est faite d’applaudissements après la projection de certains films et la question d’une seule voix des élèves des classes de Jeanne : « quand est le prochain atelier pour avancer sur la construction de l’écriture d’un scénario ? »

- e-Toile : Avez-vous d’autres projets communs dans le domaine du cinéma ou ailleurs ?

  • Isabelle Lambert : Oui, bien sûr, avec Jeanne, il est devenu de plus en plus évident que nous avons envie d’avancer et de travailler avec ses élèves dans la mesure du possible sur des films qui sont, non seulement, des vecteurs de culture mais sont surtout des portes ouvertes à des interrogations, remises en question, etc de ses élèves auxquelles nous tentons de répondre par l’image et le dialogue.

L’idéal serait d’intégrer ce programme de manière automatique dans le programme français des élèves de première et terminale, afin de développer plus en profondeur les outils éducatifs à partir des films les plus attractifs choisis par Jeanne. Il serait aussi intéressant de procéder dans chaque école à programme français à la création d’un ciné-club, d’organiser des projections générales et ouvertes à tous mensuellement ou trimestriellement.

Enfin, mettre en pratique les ateliers d’apprentissage à l’écriture de synopsis et scénario permettrait, en supposant que les moyens de tournage soient en place, de procéder au tournage complet des films écrits par les élèves de Ischs….


Article publié le 22 janvier 2013.

Dernière modification : 13/02/2013

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