Comprendre le système immunitaire de l’homme pour trouver un remède contrant le SIDA

Chercheur français, Nicolas Chomont travaille à l’Institut de Floride consacré au vaccin et à la thérapie génique (Vaccine and Gene Therapy Institute of Florida or VGTI-FL) et parle sur son parcours jusqu’à cet institut situé à Port Sainte-Lucie en Floride. La mission de Vaccine and Gene Therapy Institute of Florida est d’étudier le système immunitaire de l’être humain, ses réactions face aux maladies infectieuses et aux cancers et de mieux comprendre le vieillissement. Le VGTIFlorida réunit des chercheurs internationalement reconnus pour leurs travaux sur différents aspects du système immunitaire humain et Dr Chomont donne plus de détails à propos de ces collaborations dans cette interview.

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- e-Toile : Nicolas Chomont bonjour, vous êtes chercheur à l’Institut de Floride consacré au vaccin et à la thérapie génique (Vaccine and Gene Therapy Institute of Florida or VGTI-FL).Pouvez-vous nous décrire votre parcours jusqu’à cet institut situé à Port Sainte-Lucie en Floride et ce sur quoi vous travaillez ?

Nicolas Chomont : Après l’obtention de mon doctorat en France en 2004 à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI), j’ai effectué un stage postdoctoral à l’Université de Montréal au Québec dans le laboratoire du Pr Rafick-Pierre Sékaly.

Ensemble, nous avons alors initié un travail visant à comprendre pourquoi les trithérapies utilisées pour traiter l’infection par le VIH ne parviennent pas à éliminer totalement le virus.

En effet, les traitements actuels permettent de contrôler l’infection mais ne guérissent pas les personnes séropositives.

Nous avons publié des résultats en 2009 qui montrent clairement que le virus persiste dans certaines cellules du système immunitaire, que l’on appelle des cellules « mémoire ».

C’est à cette période que le Dr Sékaly est devenu co-directeur et directeur scientifique du tout nouveau VGTIFlorida à Port St Lucie.

Il m’a proposé de rejoindre ce nouvel institut en tant que chercheur indépendant, une offre que j’ai évidemment accepté avec enthousiasme.

Ceci nous a permis de poursuivre nos travaux sur les réservoirs du VIH chez les personnes sous trithérapie. Aujourd’hui, nous travaillons sur le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques ayant pour but de mener au contrôle naturel (c’est à dire, en absence de trithérapie) de l’infection par le VIH.

- e-Toile : La mission de Vaccine and Gene Therapy Institute of Florida est d’étudier le système immunitaire de l’être humain, ses réactions face aux maladies infectieuses et aux cancers et de mieux comprendre le vieillissement.

Dans ce but, l’institut s’est doté d’une équipe pluridisciplinaire à laquelle vous-même et une autre chercheuse française appartenez. Dans ce cadre multi-sectoriel, comment s’articulent les travaux des uns et des autres ?

Nicolas Chomont : Le VGTIFlorida se consacre à l’étude et à la compréhension du système immunitaire chez l’homme.

Nous utilisons une approche unique que l’on nomme biologie des systèmes.

Ainsi, plutôt que d’étudier un aspect unique d’une pathologie (qui constitue une approche biaisée), nous mesurons des milliers de paramètres simultanément en utilisant des technologies innovantes.

Une autre spécificité du VGTIFlorida est son approche translationnelle, de la paillasse vers le patient : nous avons établi de multiples collaborations avec des Universités et de hôpitaux en Floride afin d’avoir accès à des échantillons de patients.

En effectuant nos travaux directement chez l’homme (plutôt que dans un modèle animal), nous faisons le pari de progresser plus rapidement dans la compréhension des désordres immunitaires que l’on observe au cours des maladies infectieuses chroniques et des cancers.

Le VGTIFlorida réunit des chercheurs internationalement reconnus pour leurs travaux sur différents aspects du système immunitaire humain, ce qui nous permet d’établir des collaborations internes extrêmement fructueuses.

- e-Toile : Le 27 avril 2012, Florida Atlantic University (FAU) a accueilli le Professeur Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel, Directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et Professeur à l’Institut Pasteur à Paris.

A cette occasion, le Dr. Ramaswamy Narayanan nous avait cité quelques exemples de coopérations franco-américaines en matière de recherche sur le SIDA tel que le partenariat entre l’université Panthéon-Sorbonne et Florida Atlantic University.

Comment s’inscrit l’institut dans ces travaux transatlantiques et quelles sont ses relations avec les autres centres de recherche qu’ils soient américains, français ou autres ?

Nicolas Chomont : La visite de Françoise Barré Sinoussi est un excellent exemple des relations privilégiées que le VGTI-FL entretient avec la France et d’autres pays francophones.

Le fait d’avoir plusieurs chercheurs francophones (de France, du Québec, de Belgique, du Liban, du Maroc) au VGTIFlorida facilite les interactions avec des chercheurs de ces pays.

Pour les chercheurs travaillant sur le Sida, la France a bien évidemment une place historique singulière puisque ce sont des chercheurs français qui ont isolé le VIH en 1983 et qui ont obtenu le prix Nobel de médecine en 2008 pour cette découverte (Françoise Barré Sinoussi et Luc Montagnier).

La France étant internationalement reconnue pour ses travaux sur le VIH, les chercheurs français travaillant sur le VIH à l’étranger sont naturellement appelés à collaborer avec les instituts de recherche français, assurant ainsi un lien entre leur pays d’accueil (les États-Unis dans notre cas) et la France.

Par exemple, le Professeur Françoise Barré Sinoussi, qui est actuellement président élue de la « International AIDS Society », m’a fait l’honneur de me demander de siéger au sein d’un groupe international de scientifiques ayant pour mission de lister les priorités de recherche afin d’aboutir le plus rapidement possible à la découverte d’un traitement permettant d’éradiquer le VIH.

Dans le cadre de ce groupe, j’interagis régulièrement avec de nombreux chercheurs français, dont certains sont déjà venus visiter le VGTI à Port St Lucie.

Plus localement, le VGTIFlorida est également impliqué dans de nombreuses collaborations avec des universités américaines (University of California, EmoryUniversity etc…).

Enfin, nous avons plusieurs programmes de recherche en partenariat avec l’industrie pharmaceutique.

Notre approche translationnelle de l’immunologie bénéficie grandement de ces collaborations et nous permet de constamment garder à l’esprit le bénéfice potentiel que notre travail pourrait apporter aux patients.

Nicolas Chomont, PhD
VGTI-Florida
9801 SW Discovery Way
Port St. Lucie, FL 34987
Tel : 772-345-5672
www.vgtifl.org/


Article publié le 27 novembre 2012.

Dernière modification : 28/11/2012

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