Floride (1562-1565), un rêve francais

M. John de Bry, directeur du Center for Historical Archaeology à Melbourne Beach, parle de son travail, à mi-chemin entre l’histoire, l’archéologie et l’aventure.
Ses explorations, fouilles, recherches et découvertes en mer, comme dans les archives nationales, font de John de Bry l’un des spécialistes des expéditions françaises en Floride.

Alors que l’on commémore le 450ème anniversaire de la présence française en Floride, il a pris part à la Commission qui supervise l’organisation de l’exposition "Floride (1562-1565), un rêve français...", qui a ouvert ses portes le 25 septembre 2012 au Musée du Nouveau Monde de la ville de La Rochelle.

Son implication dans l’exposition et son actuel travail au jour le jour "ont pour but de garder vivant le souvenir de ces expéditions et d’en diffuser l’histoire aux écoles, afin que les enfants aient conscience dès leur plus jeune âge que les Français étaient ici bien avant les Pèlerins et que leurs actions ont influencé, non seulement l’histoire de la région de Floride, mais aussi probablement l’histoire des futurs États-Unis" explique-t-il.
Interview.

  • e-Toile- M. John de Bry, vous êtes le directeur du Center for Historical Archaeology à Melbourne Beach.
    Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs le but scientifique de cette organisation à but non lucratif ?

- M. John de Bry : La fonction et l’objectif du Center for Historical Archaeology est de conduire et de promouvoir des recherches archéologiques sur les périodes coloniales française et espagnole, en se focalisant sur l’archéologie maritime et sous-marine, ainsi que de conduire des recherches dans divers lieux d’archivage en Europe et en Amérique.
L’une des principales missions du Centre est de publier du matériel pédagogique et des conclusions de recherche pour la communauté scientifique et le grand public.

  • e-Toile- Au cours de votre carrière, vous avez conduit des recherches dans de nombreuses archives nationales et avez été l’archéologue en chef de différentes expéditions sous-marines pour localiser et inspecter des épaves dans les eaux de Madagascar et de la Mer des Caraïbes. Vous avez également travaillé pour le gouvernement haïtien, les Nations Unies et l’UNESCO. Parmi toutes ces missions, de laquelle gardez-vous le meilleur souvenir ?

- M. John de Bry : Auparavant, on me demandait souvent quelle épave était ma préférée, et je répondais toujours que j’aimais travailler sur toutes les épaves anciennes, dans la mesure où elles offraient toutes quelque chose de différent en termes de matériel historique. C’était ma réponse jusqu’à ce que je travaille en 1997 sur l’épave de la Belle, le vaisseau amiral de l’explorateur Robert Cavelier de La Salle.

Le navire disparut à Matagorda Bay, Texas, en janvier 1686, et fut découvert 1996 par une équipe d’archéologues de la Texas Historical Commission. Comme l’épave de la Belle reposait dans la Baie de Matagorda, protégée par une île barrière, il a été décidé de construire un batardeau et continuer les fouilles dans un environnement plus sec.

Les 18 mois de fouilles ont produit un incroyable assortiment d’objets et de matériel organique en excellent état de conservation, trois magnifiques canons en bronze, et un squelette articulé a été trouvé sur le câble de l’ancre à la proue du navire, les 2/3 de son cerveau encore intact.

J’ai également conduit des recherches d’archives en France, plus particulièrement aux Archives Départementales de la Charente-Maritime et aux Archives du Port de Rochefort, où j’ai trouvé de nombreux documents d’importance historique appartenant à l’expédition de La Salle en 1684, notamment des contrats d’embauche et les plans de construction de la Belle. C’est le projet d’excavation d’épave le plus mémorable auquel j’ai participé.

  • e-Toile- John de Bry, vous avez pris part à la Commission qui a supervisé l’organisation de l’exposition “Floride (1562-1565), un rêve français…” qui a débuté au Musée du Nouveau Monde de La Rochelle le 25 septembre 2012. Comment avez-vous contribué à la mise en place de l’exposition ?

- M. John de Bry : J’ai depuis de très nombreuses années une fascination pour les expéditions françaises en Floride du 16ème siècle. En fait, j’ai commencé à m’y intéressé dans ma jeunesse, car je suis un descendant direct de Théodore de Bry, le graveur flamand du 16ème siècle qui a publié en 1591 le Brevis narratio, basé sur les illustrations de Jacques Le Moyne de Morgues, l’artiste qui est venu en Floride avec l’expédition de 1564. Venir vivre en Floride à la fin des années 1960 a été pour moi un rêve devenu réalité.

En 2003 j’ai été contacté par Mickaël Augeron de l’Université de La Rochelle qui travaillait sur une publication académique, “Champlain ou les portes du Nouveau Monde”. Il souhaitait que j’y participe avec un article sur La Salle et la Belle. Le livre a été publié l’année suivante en 2004.

En mai 2011, Mickaël est venu en Floride avec le conservateur en chef des Musées de La Rochelle, Annick Notter, qui avait le projet d’organiser une exposition qui commémorerait l’anniversaire des 450 ans des expéditions françaises en Floride.

A partir de ce moment, je me suis pleinement investi dans la programmation de l’exposition et la publication d’un catalogue recueillant les travaux et contributions de professeurs, historiens et archéologues. Dans cette entreprise, je servis de guide et de conseiller au niveau historique et archéologique.

Madame Notter est une personne d’une grande connaissance et d’une motivation à toute épreuve. Ce fut un grand privilège et un honneur pour moi de travailler avec elle. Avec Annick Notter et Mickaël Augeron, nous avons travaillé sans relâche sur cette publication et je dois dire sans fausse modestie que nous sommes enchantés par le fruit.

  • e-Toile- En mai 2012, la ville de Jacksonville en Florida a accueilli de nombreuses personnalités françaises et américaines telles que le maire de Jacksonville, le Consul général de France à Miami ou encore les descendants de Jean Ribault afin de lancer les commémorations célébrant le 450ème anniversaire de la présence française en Floride.
    De votre côté, en mai vous faisiez également une conférence sur l’expédition de Jean Ribault.
    Que prévoyez-vous ces prochains mois pour poursuivre ces commémorations ?

- M. John de Bry : Comme toujours mon objectif est de garder une mémoire vivante de ces expéditions afin de faire connaître largement leur existence auprès de tous les publics.

Il est également important d’enseigner cette histoire aux enfants afin qu’ils apprennent très tôt que les Français sont arrivés bien avant les Pilgrims et que leurs actions comme leur tragique sort ont façonné l’histoire régionale floridienne si ce n’est pas celle des États-Unis tout entier.
Qui sait, s’ils avaient réussi peut-être qu’aujourd’hui nous parlerions tous Français !

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Exposition au Musée du Nouveau Monde de la Rochelle

Pour plus d’informations : http://www.alienor.org/musees/index.php?/fre/La-liste-des-villes/La-Rochelle/Musee-du-Nouveau-Monde/Vie-du-musee-actualites/Floride-un-reve-francais


Article publié le 11 octobre 2012.

Dernière modification : 11/10/2012

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