De l’appel du Général de Gaulle à l’ONU, le parcours d’exception de Cécile Sleszynska

De l’appel du Général de Gaulle à l’ONU, le parcours d’exception de Cécile Sleszynska

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Photo : à gauche, Gaël de Maisonneuve, Consul général de France à Miami et Mme Cécile Sleszynska




A 19 ans, Cécile Sleszynska répond à l’appel du Général de Gaulle en s’engageant auprès des Forces Françaises Libres à Londres.
En 1942, grâce au Colonel Renouard de l’Etat major situé à Carlton Gardens, Mme Sleszynska est incorporée au sein de la Moncorvo House. Après avoir suivi un entraînement au camp de Camberley, malgré les bombes, elle retourne dans la capitale anglaise.

Étant bilingue anglais-français, Cécile Sleszynska est affectée au service de correspondance générale de l’Amirauté à Stafford Mansions, un département très sensible dans lequel arrivent la correspondance de l’ensemble des services ainsi que les rapports des bâtiments, corvettes et frégates participant à l’effort de guerre. D’importantes correspondances arrivent notamment des nombreux convois croisant dans l’Atlantique du Nord en provenance des États-Unis ainsi que de Saint-Pierre et Miquelon, signale Mme Sleszynska.

Ces courriers pouvant tout aussi bien être acheminés par de simples bateaux de pêche aménagés décrivent par le menu les activités des convois.

Souvent, cette correspondance était confiée à un jeune aspirant bénéficiant ainsi de quelques jours de « repos » à Londres. Cécile Sleszynska fait ainsi la connaissance de l’Aspirant René Besnault qui devient ensuite un aide de camp du Général de Gaulle, puis Amiral.

A son propos, Mme Sleszynska précise qu’il s’était évadé avec deux de ses camarades de l’école navale en Bretagne à la barbe des Allemands avant de rejoindre la « Patriotic School », ce purgatoire où Français et autres citoyens rejoignant le monde ‘libre’ étaient placés avant d’être intégrés, le cas échéant, dans l’armée française ralliée à de Gaulle.

De cette période londonienne, Cécile Sleszynska retient cette rencontre inattendue avec les soviétiques.
Celle-ci a été provoquée par un officier qui avait pris part aux convois français reliant Archangel en Union soviétique.

Sans livrer le nom des bénéficiaires à Mme Sleszynska, ce Lieutenant lui demande des invitations à l’une des rencontres mensuelles qui a régulièrement lieu à la Moncorvo House, un moment privilégié permettant aux Français d’échanger et de se détendre quelque peu.

L’officier qui explique par ailleurs ne pouvoir se déplacer pour prendre ces invitations, lui demande également d’avoir la gentillesse de les remettre directement aux « invités ».

Alors que Cécile Sleszynska a par ailleurs invité un jeune polonais fonctionnaire de l’Ambassade de Pologne à Londres désireux d’apprendre le français, elle a, le soir même de la réception, la grande surprise de voir arriver les dits invités, à savoir trois officiers soviétiques, un Attaché militaire, un officier de la Marine ainsi qu’un officier de l’Aviation.

Pour remettre cette arrivée en perspective, Mme Sleszynska nous rappelle d’une part, qu’à ce moment là la bataille de Stalingrad venait d’être gagnée, un fait de guerre rendant l’URSS très populaire et que d’autre part, les relations diplomatiques entre la Pologne et le gouvernement soviétique venaient d’être rompues, le massacre de Katyn soit l’assassinat de 10 000 officiers polonais par l’armée russe, venant d’être dévoilé.

Bien qu’à ce moment là, les soviétiques tenaient les Allemands pour responsables du massacre, elle note qu’il était déjà clair pour les Polonais que les soviétiques étaient bien les auteurs du crime.

L’arrivée des officiers russes a donc provoqué une onde de choc dans la salle, se rappelle t-elle, entraînant le retrait immédiat des invités polonais "jusqu’au dernier" dès leur apparition.

Le lundi matin, son supérieur hiérarchique, le Commandant principal Edouard Bouquet lui demanda de narrer l’incident diplomatique dont l’Amiral Robert et le Général de Gaulle avaient entendu parler.
Plus tard, Cécile Sleszynska apprit que le Lieutenant en question avait été arrêté du fait justement de ses activités le liant aux soviétiques.

Si quelques moments sociaux étaient organisés, il n’en reste pas moins qu’à la même période, les bombardements de Londres se poursuivaient par le biais notamment des V1, « de petits avions téléguidés s’écrasant n’importe où dans la ville » précise t-elle, puis par les V2, qui dès 1944 arrivaient sur la ville en occasionnant des dégâts encore plus importants.

Ce ne fut que lorsque Paris fut libéré que Mme Sleszynska put gagner la France. Elle se souvient de ses retrouvailles émouvantes avec sa famille ainsi que des Jeeps américaines tournant dans la capitale française.
Tout aussi mémorable, dit-elle, a été la visite du ministère de la Marine, rue Royale, les officiers de la marine allemande ayant laissé insignes, médailles, et affaires personnelles…

Démobilisée en 1945, elle est engagée temporairement comme traductrice pour l’une des conférences menées à Londres pour la toute récente Organisation des Nations Unies.

Son contrat étant prolongé, Cécile Sleszynska part s’installer à New-York en septembre 1946 avec son époux, un jeune diplomate polonais avec lequel elle s’est mariée un an plus tôt ; il était l’un de ceux ayant quitté la salle de la Moncorvo House en 1943 à l’arrivée des soviétiques.

Après la guerre, les années new-yorkaises lui ont semblé très riches en nouveautés et elle se souvient également du travail intense fournie à l’ONU ainsi que des noms des différents Secrétaires généraux de ses années onusiennes tels que Trygvie Lie, U Thant ou encore Javier Perez de Cuellar.

De cette période, elle se rappelle plus particulièrement la révolution de Hongrie de 1956.

La Hongrie occupée en 1945 par l’Union soviétique à l’issue de la Seconde guerre mondiale vivait depuis cette heure sous un régime communiste. En octobre 1956, la population se soulève spontanément ouvrant une brèche dans le bloc de l’Est.

Les pays occidentaux trop préoccupés dit-elle, par la crise de Suez n’offrent pas leur plein support et la Hongrie est réoccupée par les troupes soviétiques.

Suite à cette insurrection, l’un de ses collègues, Paul Bang Jansen est nommé Rapporteur et envoyé à Budapest. Pendant son séjour, il prend contact avec de nombreuses personnes qui acceptent de témoigner à la condition que leur identité ne soit pas dévoilée. Paul Bang Jensen donne sa parole et peut ainsi recueillir les informations permettant d’évaluer la situation hongroise et de réaliser le rapport à l’Assemblée générale de l’ONU.

Malgré les fortes pressions reçues de la part du Secrétaire général Dag Hammarskjold ainsi que de l’Assistant-Secrétaire-général, soviétique, M. Bang Jensen ne cède pas. Ne révélant pas les noms des témoins, il est renvoyé du Secrétariat de l’ONU pour manque de discipline et quelques temps plus tard, son corps est découvert non loin de son domicile.

En reconnaissance de cet acte de bravoure, la Hongrie, 40 ans après, a fait ériger une statue en son honneur, précise Cécile Sleszynska.

Après 20 ans au Secrétariat à New-York, Mme Sleszynska est transférée à Genève au sein du service de l’édition des affaires linguistiques avant d’être mutée à Vienne, puis à nouveau à Genève.

A la retraite depuis 1983, elle ne met pas pour autant un point d’arrêt à ses activités. En effet, pendant de longues années, elle fut notamment représentante de l’Union démocrate chrétienne auprès de la Commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève.

Médaillée de la Résistance, Mme Cécile Sleszynska a reçu les insignes de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur en août 2011. Elle vit aujourd’hui à Key Biscayne en Floride.

Dernière modification : 05/07/2012

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