Entre art et sciences, le monde fascinant des requins à Fort Lauderdale

Soixante-dix artistes dont trois Français, la peintre et environnementaliste Ila France Porcher, le sculpteur Victor Douieb résidant à Los Angeles, et Pascal Lecocq installé à Fort Lauderdale participent à l’exposition itinérante Sharks ! présente au Musée de l’Art de Fort-Lauderdale jusqu’au 6 janvier 2013, une ode dédiée au monde des requins alliant art et sciences. Comme l’explique Pascal Lecocq, "montrer des œuvres d’art revient aussi à éduquer le public et à l’informer", "tuer 100 millions de requins par an pour utiliser les fera disparaître à très court terme, juste avant nous…"

Soixante-dix artistes dont trois Français, la peintre et environnementaliste Ila France Porcher, le sculpteur Victor Douieb résidant à Los Angeles, et Pascal Lecocq installé à Fort Lauderdale participent à l’exposition itinérante Sharks ! présente au Musée de l’Art de Fort-Lauderdale jusqu’au 6 janvier 2013, une ode dédiée au monde des requins alliant art et sciences. Comme l’explique Pascal Lecocq, "montrer des œuvres d’art revient aussi à éduquer le public et à l’informer", "tuer 100 millions de requins par an pour utiliser les fera disparaître à très court terme, juste avant nous…"

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e-toile : Pascal Lecocq, deux de vos toiles sont exposées dans le cadre de Shark !, une exposition itinérante présente au Musée de l’Art de Fort-Lauderdale jusqu’au 6 janvier 2013. Pouvez-vous nous décrire cette exposition dédiée au monde fascinant des requins qui allie art et sciences ?

Pascal Lecocq : Il s’agit d’une exposition historique sur le thème du requin, vue par quelque 70 artistes (dont trois Français : la peintre et environnementaliste Ila France Porcher, le sculpteur Victor Douieb qui réside à Los Angeles, et moi-même, qui suis installé à Fort Lauderdale depuis dix ans).

Elle comporte quelques œuvres anciennes (XVIIIe, XIXe et début XXe), mais surtout contemporaines (peintures, sculptures, photographies, films, installations).

Ma célèbre “Corrida” (III, 2006) met en scène un grand requin blanc.
C’est en travaillant pour le décor de l’opéra “Carmen” de Bizet que j’ai eu l’idée de ce toréador sous-marin dont la première version (1993) est à Paris (collection particulière) et la seconde (3,60x3m, 1997) se trouve dans le hall du Centre de la Mer Nausicaa à Boulogne/mer.

Mon “Colosseus watching” (2006) représente deux requins-baleines et ce dirigeable bien connu dans le ciel de Miami : le blimp Goodyear, dont je souligne la ressemblance.

Vous parlez de fascination, c’est effectivement mon cas depuis ma première rencontre avec les requins dans l’ aquarium de Nausicaa à Boulogne/mer au début des années 90 et c’est la créature marine – chef d’oeuvre absolu de l’évolution depuis 300 million d’années ! - que je représente le plus.

L’aspect scientifique est évoqué dans l’excellent catalogue du commissaire de l’exposition Richard Ellis (spécialiste du monde marin, responsable au Musée d’Histoire naturelle de New-York, et le premier peintre contemporain de requins dans les années 70), ainsi que dans la centaine de planches encyclopédiques représentant toutes les espèces de requins (2001-2004) du prodigieux aquarelliste anglais Marc Dando.

Le parcours s’articule autour du roman de Peter Benchley et du film de Spielberg “Les Dents de la Mer” (1974) qui ont changé notre perception du squale.

Quarante ans plus tard, il est difficile de se défaire de cette image négative, ce qui rend difficile la prise de conscience de la catastrophe écologique du massacre des requins, et c’est le grand intérêt de l’exposition, sous couvert de montrer des œuvres d’art, que d’éduquer le public et de l’informer que tuer 100 millions de requins par an pour utiliser uniquement le cartilage des ailerons pour en faire de la soupe, les fera disparaître à très court terme, juste avant nous…

La muséographie est particulièrement fluide et d’une belle réalisation comme le Museum of Art de Fort Lauderdale sait le faire (Toutankhamon en 2005, Saint-Pierre et le Vatican, Lady Diana et récemment les Trésors du Musée des Offices de Florence).

Un audio–tour avec les commentaires pertinents de M. Richard Ellis agrémente la visite qui s’achève dans une boutique proposant d’autres œuvres du sculpteur Victor Douieb et des reproductions de plusieurs de mes œuvres.

  • e-Toile : L’une de ces deux toiles, « Corrida », est devenue un symbole pour les plongeurs des mers du globe. Vous qui avez vécu et travaillé sur les côtes européennes, notamment normandes et qui vivez aujourd’hui à Fort-Lauderdale, quelles sont les différences que vous avez pu noter ici et là au niveau de la pratique de la plongée sous-marine et plus généralement du rapport de l’homme à la mer ?

Pascal Lecocq : Cette “Corrida” est effectivement ma "Signature painting", elle est d’ailleurs déclinée sous toutes ses formes, de la reproduction sur toile, sur papier ou sur céramique, à la serviette de plage, à la tasse, au tapis de souris, à la carte postale !

D’expérience, j’ai pu constater partout le même rapport de l’homme à la mer :

-  Cupidité (on exploite au maximum les ressources naturelles)
-  Égoïsme (on va laisser un océan mort plein de détritus à nos enfants)
-  Fascination (monde du silence, de l’évasion, recelant encore quelques beautés)
-  Inspiration (en témoignent les artistes, écrivains, cinéastes, photographes de cette exposition).

C’est d’ailleurs étonnant, intéressant et rassurant de constater que ce rapport au monde marin est similaire à celui du monde de l’art. Il n’y a pas de frontière sous l’eau, le seul langage est celui des signes et l’homme est uniformisé dans sa combinaison de plongée.

L’oeuvre d’art a le même statut et je n’ai pas observé de différence de réception de mes peintures dans mes expos à Singapour, Nagoya, Kiev, Tabarka, Québec ou en Floride.
La pratique de la plongée sous-marine est en plein développement, on peut le constater ici (Key Largo est la “capitale mondiale de la plongée”) tout comme en France.

J’expose au Salon de la Plongée à Paris depuis 15 ans et le nombre de visiteurs dépasse maintenant 50.000 !

Elle doit résulter d’un besoin d’évasion, de sensations, mais aussi de préservation que le monde des loisirs offre aujourd’hui.

  • e-toile : Vous avez participé à plusieurs ouvrages sur la technique de la peinture et privilégié une approche éducative de votre art, vous devez donc être particulièrement flatté de présenter votre travail au sein de ce musée floridien qui dépend de Nova Southeastern University. Pourquoi avoir privilégié cette voie ?

Pascal Lecocq : Une des nombreuses associations de défense des requins que je soutiens se nomme très intelligemment FINS (Fear Ignorance Not Sharks - Ayez peur de l’ignorance, pas des requins !).

Je pense que seule l’éducation permet de combattre l’ignorance dans tous les domaines !

N’ayant que des journées de 24h, j’ai dû abandonner l’idée d’une carrière d’enseignant ou universitaire en tant que Docteur ès-Arts, restreindre mes publications et me consacrer ces 35 dernières années à la seule peinture.

Néanmoins, étant un peintre narratif et d’imagination, je mets dans mes huiles sur toile un certain nombre de significations que le spectateur a la possibilité de lire ou d’interroger.

Par exemple en faisant des pastiches sous-marins de la peinture classique (les Nighthawks de Edward Hopper ou les American Gothic de Grant Wood , l’Angélus de Millet ou le Penseur de Rodin…) à voir dans mon dernier album : “Chefs-d’oeuvre/Masterpieces by Pascal Lecocq” (ed. Lulu, 2011).

J’essaie aussi d’organiser des ateliers ou concours de dessins avec les enfants, pour susciter peut-être des vocations, pour qu’íls expriment leur potentiel artistique, pour les sensibiliser à notre environnement.

La NSU a un remarquable centre de recherche en biologie marine et est associée au Museum of Art de Fort Lauderdale qui a en son sein une importante Academy of Art and Design, comme tous les musées d’art américains. L’exposition SHARK ! s’accompagne d’ailleurs d’une excellente plaquette pédagogique (Family Activity Guide) et dispose d’un pôle interactif au milieu du parcours de l’exposition.

Nous travaillons donc tous à ce que le plaisir des yeux soit aussi enrichissant.

Mes œuvres sont également présentées en permanence à la NOBE Art Gallery à Fort Lauderdale et visibles sur mon site web www.pascal-lecocq.com

Adresse : Museum of Art | Fort Lauderdale - Nova Southeastern University
One East Las Olas Boulevard
Fort Lauderdale, FL 33301
http://www.moafl.org/
http://www.moafl.org/museum#/current-exhibitions/shark
Jusqu’au 6 janvier 2013

Dernière modification : 21/06/2012

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