A Melbourne, un Professeur français se penche sur la complexité des systèmes hommes-machines du 21ème siècle

Depuis trente ans, Guy Boy, Professeur et Directeur du "Human-Centered Design Institute" établi au sein du "Florida Institute of Technology" navigue entre NASA, ONERA, Supaero et Airbus (EURISCO), entre robotique spatiale et intelligence artificielle.

Son parcours au sein du programme spatial américain comme au cœur de l’industrie aérospatiale européenne est des plus instructifs. Aujourd’hui à Melbourne, le Professeur s’intéresse à la complexité des systèmes hommes-machines du 21ème siècle où l’informatique interactive et hyper-connectée joue un rôle primordial. Dans ce cadre, il développe par exemple des prototypes et des simulations permettant de mieux comprendre les possibilités d’interactions (humaines et machines) en matière d’engins et d’habitats spatiaux.

e-Toile : Guy Boy, vous êtes Professeur de Classe Exceptionnelle et Directeur du "Human-Centered Design Institute" basé à Melbourne au sein du "Florida Institute of Technology".
Pouvez-vous en quelques mots nous expliquer votre parcours personnel et professionnel et nous dire comment vous avez été associé au programme spatial américain ?

JPEGGuy Boy  : J’ai traversé l’Atlantique plusieurs fois pour des longs séjours au Canada et aux États Unis. Il y a 38 ans, je suis venu passer une année à l’Ecole Polytechnique de Montréal, Canada.

J’ai tout de suite aimé le pragmatisme de l’Amérique du Nord. Après mes études d’ingénieur et un doctorat en informatique/automatique à Supaero, j’ai été embauché à l’ONERA en 1980.

J’ai alors eu la chance de travailler avec les essais en vol d’Airbus Industrie et ai contribué au passage des cockpits en pilotage à trois aux cockpits en pilotage à deux.

J’ai développé mes recherches pour la certification prenant en compte les questions naissantes à l’époque de l’interaction homme-machine et des facteurs humains associés.

En ces débuts des années quatre-vingt, j’ai fait des études de psychologie cognitive pour compléter mon cursus d’ingénieur. Elles m’ont beaucoup servies par la suite, notamment lorsque j’ai travaillé sur la conception et le pilotage des avions de nouvelle génération, le fly-by-wire et les glass cockpits.

En 1984, riche de cette expérience, j’ai obtenu une bourse de la DGA pour aller passer une année au centre de recherche de NASA Ames en Californie.

J’y ai développé un programme de recherche sur l’interaction des astronautes avec le système de ravitaillement orbital de la navette spatiale.

Le succès de ce programme m’a permis de prolonger mon séjour jusqu’en 1986.

De retour en France, j’ai continué à développer le même type de recherche en robotique spatiale sur le bras Hermes avec le CNES.

NASA Ames montait en même temps un département de recherche en intelligence artificielle et j’ai été sollicité pour aller y diriger le groupe « Advanced Interaction Media ».

En 1992, je retourne en France pour réintégrer l’ONERA et créer un nouvel institut, EURISCO (European Institute of Cognitive Sciences and Engineering) que j’ai dirigé jusqu’en 2008. EURISCO était localisé sur le campus de Supaero/ONERA à Toulouse.

J’ai travaillé avec l’industrie aérospatiale européenne, ainsi que d’autres domaines connexes.

En 2008, j’ai décidé de revenir aux États-Unis où j’ai eu la chance d’obtenir un poste de University Professor au FIT et un IPA (Intergovernmental Personal Act) au NASA Kennedy Space Center où je suis Chief Scientist for Human-Centered Design et dirige le projet « Virtual Camera ».

e-Toile : Vous inscrivez le "Human-Centered Design Institute" (HCDi) dans une réflexion sur l’avenir de la conquête spatiale. Qu’en est-il exactement ?

Guy Boy  : HCDi est une toute nouvelle entité qui développe des recherches en design de systèmes à risques (life-critical systems).

Bien sûr, les aspects humains y occupent une place considérable.

Nous nous intéressons à la complexité des systèmes hommes-machines du 21ème siècle où l’informatique interactive et hyper-connectée y joue un rôle primordial.

Nous nous intéressons aussi à la conception et la gestion des organisations émergentes où le rôle de l’homme évolue. Alors oui, l’espace est un sujet important pour HCDi.

L’exploration spatiale et la vie au sein de systèmes socio-techniques spatiaux est un sujet de réflexion et d’essais sur des futurs possibles.

Nous développons des prototypes et faisons des simulations pour mieux comprendre les possibilités d’interactions (humaines et machines) en matière d’engins et d’habitats spatiaux par exemple.

HCDi continue par ailleurs à développer des recherches sur la gestion des systèmes à risques non seulement dans le domaine aérospatial mais aussi dans le domaine nucléaire (nouvelles salles de contrôle-commande).

Vous pouvez visiter notre site http://research.fit.edu/hcdi/

e-Toile : Au sein de l’ "International Space University" et avec les personnalités les plus éminentes dans ce domaine, vous portez la 25ème édition du"Space Studies Program", SSP12, qui vient de débuter à Melbourne.
Que pouvez-vous nous dire sur ce programme, auquel participent cette année 10 représentants français ?

e-Toile : En fait, j’ai la responsabilité de l’organisation de SSP12 (le programme d’études spatiales 2012 de l’ISU). Son originalité est d’y associer le FIT et Kennedy Space Center ; une préparation qui a duré près de deux ans pour une partie opérationnelle de neuf semaines du 4 juin au 3 août 2012.

Il s’agit de cours de haut niveau sur un ensemble vaste de disciplines du domaine spatial.

Les participants qui viennent de trente pays vont travailler très intensément et doivent réaliser des projets en équipe.

La France y est bien représentée. Le SSP est très prestigieux et le réseau des anciens élèves est très bien organisé et puissant.

e-Toile : La NASA vient de tourner une page de son histoire avec la fin du programme "Space Shuttle". Comment envisagez-vous l’avenir de la conquête spatiale ?

Guy Boy  : Je pense que nous sommes dans la même situation qu’après le programme Apollo.

Il a fallu neuf ans, de 1972 à 1981, pour voir le programme de la navette commencer.

Aujourd’hui la donne est très différente cependant.

Il ne s’agit plus de faire une compétition effrénée, mais plutôt de coopérer au niveau international.

La station spatiale est un exemple réussi de ce type de coopération internationale. Deux axes me semblent émerger. L’un autour de l’espace commercial ; le succès de SpaceX avec le lancement réussi du vaisseau spatial Dragon vers la station spatiale, il y a quelques jours en est un exemple. L’autre autour de l’exploration spatiale d’astéroïdes, de la Lune et de Mars. Beaucoup d’initiatives sont en cours.

Nous sommes au commencement d’une nouvelle ère spatiale. HCDi s’intéresse bien sûr aux vols habités et à la gestion des systèmes robotiques.

Une autre piste d’avenir est l’utilisation des connaissances et technologies spatiales pour repenser les sciences de l’ingénieur, et plus généralement la place de l’Homme dans notre univers socio-technique en pleine évolution.

Dernière modification : 15/06/2012

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