De l’Ile de Beauté à la Isla del Encanto : des Corses à Porto Rico

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Photo : Cyril Anis, Directeur de l’Alliance française de Porto Rico, Vincent Largeteau, Olivier Linke, Commandant des goélettes françaises, Gaël de Maisonneuve, Consul général de France à Miami, Enrique Vivoni, Santiago Mari-Roca, Président de l’Association des Corses de Porto Rico, Carlos Urrutia, Président de l’Alliance française de Porto-Rico, réception du 15 avril 2012 à l’Hacienda Luz de Luna.
  • Santiago Mari Roca, vous êtes Président de l’Association des Corses de Porto Rico. Pouvez-vous, en quelques mots, retracer l’histoire de cet exode et les raisons du choix de Porto-Rico si elles existent.

Les historiens et spécialistes de l’émigration corse s’accordent sur le fait que la majorité de la communauté corse est venue de l’île de beauté pendant le XIXème siècle, même si une immigration plus marginale s’était déjà implantée à la fin du XVIII siècle.
Plusieurs facteurs de nature politique et économique expliquent cette première émigration. D’un côté, le processus de francisation de la Corse par Napoléon Bonaparte a provoqué l’exil des partisans de Pascal Paoli. Au sein de l’exil, un groupe important s’est consacré au commerce entre les îles caribéennes, qui incluent les colonies françaises, en plus de Saint Thomas et Porto Rico. Cette activité commerciale et les gains qu’elle engendra ont constitué une réelle attraction pour que d’autres corses s’unissent à cette émigration pionnière.

D’autre part, la disposition dénommée Real Cédula de Gracia de 1815 a attiré beaucoup d’immigrés à Porto Rico. Cette disposition qui offrait des conditions favorables aux étrangers désireux de s’établir dans les colonies espagnoles d’Amérique, "assure non seulement à l’immigré corse une situation de casi parité avec les Portoricains natifs, et promeut plus largement l’immigration vers Porto Rico (…)" (Livre Los Corsos-americanos)... Le résultat de cette disposition fut de créer une communauté de Corses tout au long de la côte sud de Porto Rico, qui en même temps s’est converti en point de départ vers d’autres destinations du continent américain pour d’autres Corses qui souhaitaient continuer leur voyage.

De fait, les émigrés corses arrivaient à Saint-Thomas, passaient par Porto Rico, où ils se réunissaient un temps avec leurs familles, et appareillaient ensuite vers la terre ferme ou d’autres îles des caraïbes. Les effets de la Cédula de Gracia se sont prolongés jusqu’en 1836, date à laquelle le gouvernement espagnol y mit un terme car les terres étaient presque toutes occupées. Mais cela n’a pas empêché l’immigration Corse de se prolonger, car une communauté corse était déjà établie à Porto Rico.

Ma famille, par exemple, n’est arrivée qu’en 1880. A l’origine, trois frères adolescents sont venus travailler dans les fermes d’autres Corses déjà installés à Porto Rico. Les trois frères établirent leurs racines ici, mais maintinrent des liens étroits avec leur famille en Corse. Ma famille possède toujours des propriétés là-bas, parmi lesquelles une maison en Haute Corse, qui a été construite en 1550.

-  Votre communauté est restée très soudée. Parvenez-vous néanmoins à faire vivre les traditions qui sont les vôtres dans un environnement caribéen et hispanophone ?

La réalité est que les générations actuelles qui ont des descendants Corses a conservé très peu de traditions du passé. Ce qu’ils ont conservé très bien c’est leur caractère entreprenant et une personnalité combative. Lorsque nous nous réunissons, nous nous racontons des histoires, les uns aux autres, et c’est très curieux de voir que le comportement de nos pères est très similaire, bien qu’ils ne se connaissent pas ou qu’ils vivent dans des villes différentes.

-  En grand spécialiste de l’Ile de Beauté, quelle note attribuez-vous à Porto Rico et à son peuple, qui sait aussi exalter la fierté de ses origines ?

Je lui donnerai 10/10, nous sommes remarquables lorsqu’il s’agit de préserver notre culture et de valoriser nos origines avec beaucoup de fierté.

Santiago Mari Roca a répondu à nos questions avec l’aide du professeur Enrique Vivoni Farage.

Dernière modification : 19/04/2012

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