Des anciens combattants américains de la Seconde Guerre Mondiale décorés par la France

Vingt-deux anciens soldats américains ayant combattu aux côtés de la France pendant la Seconde Guerre Mondiale ont été faits "Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur" en Floride au cours de ce mois de janvier.

Le 23 janvier, lors de sa visite en Floride Centrale, l’Ambassadeur de France aux États-Unis, François Delattre, a décoré deux de ces anciens combattants à Tampa.
Le Consul Général de France à Miami, Gaël de Maisonneuve, a également reconnu 20 anciens combattants le 19 janvier à Boynton Beach.

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De gauche à droite - (Contre) Amiral Patrick Martin- Chef du détachement français a US Central Command-MacDill AirForce, récipiendaire de la médaille de Commandeur de l’ordre National du Mérite, Thomas S Hengstebeck – Ancien combattant de la Deuxième Guerre mondiale- Chevalier de l’Ordre de la Legion d’Honneur SE François Delattre, Ambassadeur de France aux États-Unis, William F. Bowers, Ancien combattant de la Deuxième Guerre mondiale, Chevalier de l’ordre de la Légion d’Honneur Jean-Charles Faust- Consul Honoraire de France a Tampa, Floride, Chevalier de l’ordre national du Mérite.

Wilfried Singer, l’une des personnes décorées le 19 janvier à Boynton Beach, témoigne de son expérience de la guerre et nous livre ses souvenirs marquants de la France.

JPEG Vous étiez un jeune homme quand la Seconde Guerre Mondiale éclata. Dans quelles circonstances avez-vous rejoint l’armée ?

J’ai été appelé par l’armée en 1943. Il y avait une mobilisation générale aux États-Unis et j’ai été appelé en janvier 1943.
J’ai suivi l’essentiel de mon entrainement en Floride.
Par la suite, j’ai reçu une formation à l’université en gestion administrative, avant d’être envoyé par l’armée en Oklahoma pendant quelques mois, puis à Reno, dans le Nevada pendant 7 mois.

Enfin, une commission m’a envoyé de l’autre côté de l’Atlantique, en Angleterre, dans une petite ville près de Oxford.
J’ai été assigné à travailler dans la maintenance et réparation de petits avions appelés Aircraft, l’avion utilisé pour la liaison. On m’a ensuite entièrement assigné à la First Army Artillery.

Par conséquent, quatre jours après l’invasion, nous avons débarqué en France. Je suis donc arrivé en Normandie quatre jours après l’invasion.

-  Quels sont vos souvenirs les plus marquants de la France ?

Mon premier souvenir est aussi mon souvenir le plus douloureux. J’ai été blessé la première nuit. Ceci reste mon souvenir le plus marquant de la France.
Après avoir récupéré, j’ai repris mon travail de technicien suppléant pour les avions Aircraft.
En outre, j’ai eu la chance d’être à Paris le jour de la libération. C’était une expérience magnifique que je n’oublierai jamais. Des années plus tard, mon épouse et moi même sommes retournés à Paris où nous avons passé une semaine.
C’était magnifique, mais tout semblait avoir changé, les quartiers avaient une lumière et une apparence différentes.

-  Je suppose que vous avez eu l’opportunité d’apprendre quelques mots de français ?

Après avoir passé un temps en Allemagne, j’ai été envoyé à Paris pour y travailler comme instructeur pendant 5 semaines.
Vivre 5 semaines à Paris m’a obligé à apprendre le français.

Petit à petit, j’ai appris quelques mots. Aujourd’hui, à chaque fois que je rencontre des Français, j’en profite pour essayer de parler avec eux, je leur dis « je parle un petit peu le français ».
J’ai également commencé des cours de français dans mon quartier car je ne veux pas oublier la langue.

- Avez-vous gardé des contacts en France ?

Il se trouve que l’été dernier ma fille a réussi à retrouver grâce à Internet une femme que j’ai rencontré pendant l’occupation.

Ma fille a vu qu’elle vivait maintenant à Montréal. Elle a trouvé un numéro de téléphone et nous l’avons appelée.

Parler avec elle après toutes ses années était un grand moment.
Elle est d’ailleurs en train d’écrire un livre, et dans son livre elle me mentionne et montre des photos de moi. Elle était mon amie.
Elle a survécu à l’Holocauste et elle a fini par se retrouver dans un camps de personnes déplacées à Lansburg, en Allemagne.
Après la fin de la guerre, mon escadron a été dissous et j’ai été affecté auprès d’un autre escadron en Bavière, où j’ai été fait sergent et je l’ai rencontrée.

-  Vous avez participé au débarquement en Normandie, l’un des souvenirs les plus vivants dans la mémoire du peuple français. Vous avez ainsi pris part à la libération du nord de la France avant de rejoindre la bataille des Ardennes. Pourriez-vous nous dire quelques mots de ces moments difficiles qui font partie de l’histoire commune franco-américaine ?

Ces moments difficiles furent les mêmes pour tous les soldats au combat. Nous devions dormir et cuisiner à l’air libre, nous devions nous déplacer sans arrêt à mesure que les troupes avançaient.
Être un soldat signifie faire ce que l’on à faire. Il fallait suivre son bataillon jusqu’au bout, quoi qu’il se passe. On pouvait se considérer chanceux de rester en vie.

Plusieurs souvenirs m’ont particulièrement marqué.
Une nuit ou nous nous trouvions dans une tranchée, quelqu’un alluma une cigarette, les Allemands virent la lumière de la cigarette et commencèrent à bombarder toute la zone de la tranchée. Je n’oublierai jamais ce moment.

Une autre nuit, nous entendîmes quelqu’un crier « stop stop stop ! Qui va là ? ». Et nous entendîmes plusieurs coups de feux : “bangbangbang”. Nous nous retournâmes pour nous rendre compte que le soldat avait en fait tiré sur une vache.

-  Vous avez été décoré de la Légion d’Honneur le 19 janvier à Boynton Beach. Comment vous sentez-vous après avoir reçu cette haute distinction de la part des autorités françaises ?

Je me sens très honoré de recevoir cette décoration que j’ai attendu pendant un an. Nous avons partagé et échangé sur nos histoires avec les autres anciens combattants décorés le même jour, pour savoir avec quelle armée, quelle compagnie avaient travaillé les uns les autres.

La plupart des gens qui ont reçu cette décoration sont venus avec leur famille. Je suis moi-même venu accompagné de mon épouse et de mes filles, dont l’une est venue de New York juste pour assister à cette cérémonie. Ce fut très émouvant.

Dernière modification : 26/01/2012

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