La France décore 34 anciens combattants américains de la légion d’honneur en Floride

JPEGLe 7 décembre 2011, à l’occasion de la commémoration du 70ème anniversaire de Pearl Harbor, M. Gaël de Maisonneuve, Consul général de France à Miami, a décoré à Boynton Beach, vingt Anciens Combattants américains qui se sont battus aux côtés de la France pendant la seconde guerre mondiale.

Le 8 décembre 2011 à Tampa, à la base militaire aérienne Macdill, l’Amiral Martin, le Consul général de France à Miami, Gaël de Maisonneuve, le Capitaine Philippe Petitdidier et le Colonel retraité Philippe Derathé décoreront 14 Anciens Combattants de la Seconde Guerre Mondiale, en présence du Général de Division, responsable du personnel de Centcom, Bill Gerety, du Commandant de la 80ème Formation, l’Adjudant Paul Diehl, représentant le Commandant Bill Hamblin ainsi que de M. Jean-Charles Faust, Consul honoraire de France à Tampa, et de Mme Rose-Marie Maghriby.

M. Irving Locker, Ancien Combattant de la Seconde Guerre Mondiale, participant à la cérémonie de Tampa a répondu à nos questions.
A l’issue de cet entretien, vous trouverez également un article publié dans le Daily Sun.

JPEG e-Toile : M. Locker, il y a presque 70 ans, vous étiez un jeune homme prêt à débuter sa carrière. Pourquoi avoir rejoint l’Armée américaine en mars 1943 ?

Irving Locker : En fait, j’ai été mobilisé directement à la sortie du lycée en même temps que mes deux frères et trois autres membres de ma famille. Nous avons tous été mobilisé au même moment.

A ce moment là, je vivais dans le New Jersey et je n’avais que quelques connaissances sur la France et l’Europe.
A l’école, nous n’avions étudié que très peu le continent européen.

Je me suis donc renseigné avec photos et livres, et comme je suis juif, lorsque Hitler a envahi la France, je m’y suis beaucoup intéressé.

e-Toile : Quelle était votre vision de la France avant d’atterrir sur le sol français ?

Irving Locker : A cette période, la France était un très beau pays allié des États-Unis, jusqu’à ce qu’Hitler ne vienne et ne le détruise.

J’avais 19 ans lorsque j’ai été appelé et j’avais déjà 65 hommes sous ma responsabilité.
J’avais quatre canons 90-mm AA sous mon commandement, des engins qui peuvent atteindre des cibles à une distance de plus de 10 kilomètres, il s’agissait de la seule arme pouvant atteindre un tank allemand.

Il s’agissait des seules pièces d’artillerie pouvant frapper en longue distance des convois ou des constructions qui bloquaient notre infanterie.
Même si je peux qualifier cette expérience de guerre de "bonne", en tant que jeune Sergent de 19 ans commandant plus d’une soixantaine d’hommes, néanmoins, je me rappelle que la seule idée que je possédais en tête était de rester en vie.

e-Toile : Vous avez participé au Débarquement en Normandie, qui est certainement la bataille la plus emblématique dans la mémoire du peuple français.
En y participant, vous avez pris part à la libération du Nord de la France en rejoignant la bataille du Rhin et la bataille des Ardennes.
Que voulez-vous partager avec nous sur cette période difficile qui fait partie de notre histoire, aussi bien en tant que français et américains ?

Irving Locker : Je fais des interventions dans les écoles et leur présente les pièces que j’ai ramené aux États-Unis : des armes ainsi qu’un drapeau allemand décroché d’un mur à Berlin.
Par exemple, cette semaine, je vais intervenir à la librairie Barnes and Noble.

C’est très important pour moi d’expliquer. Ils n’enseignent plus beaucoup cette période dans les écoles. La plupart des 15, 16 ou 17 enfants ne savent pas qui est Hitler et ce qu’est l’Holocauste.
Lorsque je parle de l’Holocauste, ils me demandent ce que c’est.

J’ai des photos que j’ai prises avec mon propre appareil dans les camps de concentration. Je leur montre pour qu’ils n’oublient pas.

Dans The Villages en Floride, où nous avons deux associations d’anciens combattants, des événements sont organisés. Je partage ceci avec la population et beaucoup de grand-mères viennent avec leurs petits enfants.
Je fais ce que je peux pour que « nous n’oublions jamais ».

e-Toile : A Tampa, le 8 décembre 2011, un jour après le 70ème anniversaire de Pearl Harbor, vous allez être décoré de la Légion d’Honneur pour votre inestimable contribution à la libération de la France et de l’Europe. Vous qui avez déjà été reconnu par les autorités américaines, que revêt pour vous cette décoration française ?

Je suis particulièrement honoré de recevoir cette distinction. J’ai eu une précédente reconnaissance française en 1994. Comme je vous le disais, il est important d’honorer et de se rappeler le passé.

A la bataille des Ardennes, ce sont 90 000 hommes qui ont disparu au cours de seule bataille.

J’ai un drapeau où tous mes hommes ont signé et c’est incroyable de voir le nombre de personnes qui reconnaît dessus le nom de leur père ou de leur oncle ou de leur grand-père. J’essaye de les contacter par téléphone et lorsque je les ai, ils me disent que de cette façon j’ai quelque part ramener à la vie leurs proches.

La liberté n’est pas gratuite. Je le dis autour de moi pour garder ceci à l’esprit. Ce que je veux de la même façon c’est partager la vie en temps de guerre.

Comment dort-on ? Comment se brosse t-on les dents ? Et survit-on ?

Avec 13 kg de munitions et d’équipement sur le dos ainsi qu’un fusil, nous avions dû sauter dans un petit bateau. Nous avons perdu tant d’hommes lors du débarquement, l’eau était agitée.

Trébucher ou tomber signifiait une mort assurée si une personne n’était pas tout à côté pour vous saisir avant que vous ne sombriez corps et bien dans la mer. Impossible de nager avec ce poids, notre casque seulement pesait près d’un kg et demi.

Quand nous – l’infanterie – avons débarqué sur la plage d’Utah, un jour après l’arrivée du fils de Roosevelt, nous avons dû déplacer sur la plage des canons de plus de 8 000 kg en utilisant des chenilles.

Nous vivions dans les champs et creusions des trous dans lesquels nous devions ramper lorsque les Allemands nous bombardaient avec des bombes anti-personnelles qui éclataient sur le sol comme des grenades afin de causer plus de dégâts humains et matériels.

De notre côté, comme nous n’utilisions pas de protection auditive, 90% de mes hommes terminèrent sourds. Les obus que nous lancions étaient si bruyants.
Pensez à un obus long de 90 cm et pesant 20 kg chacun pouvant atteindre une cible à plus de 10 km de distance dans les airs, imaginez le bruit !

Nous devions repousser les Allemands et à chaque fois que nous gagnions du terrain, nous marchions sur un terrain miné dans le but de nous ralentir ou de nous stopper. Mon travail était de sécuriser ces lieux, j’utilisais alors des vaches ou des chevaux afin de pouvoir positionner en lieu sûr nos canons.

J’ai atteint ainsi Berlin mais aussi les camps de la mort.
Je peux dire que l’on tuait des juifs ; peu importe qui vous étiez.
Si vous étiez nés juifs, on vous supprimait. Ils n’avaient aucune raison de tuer mais ils l’ont fait et si vous n’étiez pas d’accord avec eux, ils vous tuaient également.

J’essaye de faire comprendre ceci aux gens. Et les objets que je montre aident les personnes à mieux comprendre.

En même temps, je veux aider mes camarades à recevoir à leur tour la Légion d’Honneur en les aidant à la demander. Très bientôt, ils recevront aussi cette distinction de la République française désireuse d’honorer ceux qui ont participé à la libération de la France.

Dernière modification : 08/12/2011

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